lundi 15 mars 2010

Est-ce que iTunes tue les ‘grands albums classiques’ ?


Pink Floyd vient de poursuivre EMI concernant les royalties des ventes internet (principalement via iTunes).
Le groupe dénonce, plus précisément, le fait que ses albums soient vendus ‘chanson par chanson’ et non systématiquement en intégralité sur internet.
Finalement Pink Floyd a gagné son procés, le juge de la court de Londres statuant que le contrat contenait une clause de 'préservation de l'intégrité artistique des albums de Pink Floyd'.
EMI doit leur verser £40,000 (44 000€) de dommages, une autre pénalité devant être décidée très rapidement.

Je soutiens à fond Pink Floyd, même si s’en prendre à EMI est un peu injuste sur ce coup là. EMI est déjà bien mal en point, mais c’est eux qui font les contrats, et qui, par la suite dealent avec iTunes (qui eux ne se gênent pas pour proposer la vente ‘au morceau’, pas EMI). Bon ceci dit je ne vais pas prendre la défense d’EMI, mais c’était pour clarifier la situation.

Concernant ce système d’achat ‘chanson à la carte', iTunes tue littéralement le concept ‘d’album’ avec ce procédés.

Dans notre nouvelle ère, ultra commerciale du « j’achète, je jette », « vite acheté, vite consommé », bref, de l’achat ‘kleenex’… la musique et plus précisément l’intégrité artistique d’un « l’album » est directement visée. Les jeunes –et même les moins jeunes- achètent des chansons, des tubes, s’en foutent de se farcirent un album en entier.
Jadis, on ne connaissait peut-être pas le nom de chaque chanson, mais on aimait la 2, la 6, la 13 et la 15. Maintenant, les jeunes ont kiffé 'American Idiot' de Green Day mais n'ont pas écouté le reste de l'album.

La question est : est ce qu’un album est une entité à part entière, qu’on ne peut pas diviser ? ou bien « l’unité » de référence, indéboulonnable, est LA chanson ?
Vaste question. Les artistes ont la réponse.

Alors c’est vrai qu’il peut paraitre excessif de forcer les gens à acheter un album entier de 13 chansons s'ils n’en veulent qu’une…
Mais d’un autre côté, la musique ce n’est pas des Corn-flake ou une option d'assurance. On parle d’art, pas de ‘commerce’. Enfin, en principe.
De quel droit un vendeur numérique (iTunes) peut il se permettre de (re)définir le travail d’un artiste (la divisibilité ou pas d’un album), puis le vendre ?

Le plaisir de découvrir un album n'est-il pas de le ré-écouter, encore, encore, et encore, de s’accrocher parfois, de découvrir des détails, des chansons qu’on avait négligé lors des premieres écoutes? De ces différentes écoutes et découvertes découlent un plaisir encore plus intense et le constat qu’un album forme –parfois- un TOUT. C’est la marque de fabrique des grands albums, de ceux qu’on appelle les « classiques » : les 'Grace' de Buckley, 'Nevermind' de Nirvana, 'Dark side of the Moon' de Pink floyd ou 'Histoire de melody nelson' de Gainsbourg. Et même si parfois certaines chansons sont un peu moins 'fortes' que d’autres…C’est bien ce petit ‘gap’ de niveau, cette différence qui crée les nuances, la subtilité et le climat d’un album, son « entité », son appartenance à la race des « grands ». Placés dans un tracklisting bien définis, Les « tubes » n’en ressortent que bien meilleurs d’ailleurs.

Si on appliquait cette logique à d’autres formes d’ «art/divertissement» : les box DVD des séries par exemple, devrait-on isoler chaque scène avec Omar Little dans 'the Wire' ? ou celles avec Vic Mackay dans 'The Shield', et ignorer tout le reste ? Tout ça parait complètement absurde.

Je crois que si on est vraiment un passionné de musique, Il ne faut pas agir en ‘simple consommateur’ mais faire des compromis, des efforts, et accepter –dans cet exemple précis- la longueur d’un album et toutes ses chansons.
Etre fan et passionné de musique c’est un fait, un état, mais c’est aussi un certain effort à produire.

Aujourd’hui, le gamin de 14 ans que j’étais aurait certainement téléchargé ou acheté ‘Master of Puppets’ ou ‘Orion’ (les chansons) sans prendre ‘Leper Messiah’ sur l'album 'Master of Puppets' de Metallica...
Pareil pour 'Appetite for Destruction' de Guns n’Roses. J’aurai bouffé du 'Sweet Child of Mine' et n’aurais daigné écouter une seconde fois "Rocket Queen".

Ma vie n’aurait pas été bouleversée, non loin de là…mais je crois qu’en me forçant à les écouter et en re-découvrant ces chansons à ce moment là, elle a été, de manière infinitésimale (tout est relatif), un peu meilleure. :-)

10 commentaires:

  1. Je suis absolument d'accord avec tout. Je défends 100% l'album, qui forme un tout, un ensemble cohérent, une pièce unique.

    (je suis juste pas d'accord avec une chose: Grace de Buckley en album culte! Buckley est un artiste surestimé, dont la meilleure chanson n'est qu'une reprise, nettement moins bonne que l'originale en plus)
    DC

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  2. D'accord...oui et non...
    Tout dépend de l'album !
    L'exemple de Dark Side Of The Moon est l'exemple même de l'album concept. Pour moi il est inconcevable de n'écouter que Money sans écouter l'album entier.
    Après il y a les albums composés de "morceaux" ou de "chansons". Donc je peux comprendre que l'on puisse avoir envie d'acheter qu'une ou deux chansons d'un album. Même s'il est parfois dommage de ne pas prendre la peine d'écouter les autres morceaux que les "tubes" de l'album.
    Mais bon, il est vrai que Pink Floyd est un cas vraiment à part !

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  3. Grace de Buckley est effectivement un album culte !! Son apport à la musique est énorme quand tu sais que Muse, Radiohead, Coldplay et beaucoup d'autres en sont des héritiers avoués.

    Jeff est un des artistes les plus complets (voix inimitable, excellent guitariste) que l'on puisse citer. Mais il est vrai qu'il faut un peu de finesse pour aborder sa musique et que survoler Grace ne permet pas un jugement objectif (tu l'as manifestement survolé pour affirmer que Hallelujah est sa meilleure chanson, alors qu'elle n'est que la plus connue).

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  4. J'ai écouté Grace des dizaine de fois pour essayer de comprendre. Et le verdict est toujours le même: artiste largement surestimé. C'est pas nul, j'en conviens, mais c'est plat. S'il n'avait pas repris un titre connu et s'il n'avait pas eu une mort tragique (paix à son ame), on en parlerait plus depuis bien longtemps.
    Sinon euh ... comment dire... Radiohead s'est formé en 1985 et Grace est sorti en 1994: tu crois pas qu'il y a un problème?? Radiohead a influencé Buckley mais pas l'inverse.
    Quant à l'influence sur Coldplay, faut-il seulement s'en réjouir, Coldplay étant un des pires groupes de l'histoire de la musique (bien pire que Buckley pour le coup)
    DC

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  5. Bien d'accord avec toi.

    L'album, même si l'on peut préférer tel ou tel titre, en écoutant par la suite ces derniers en boucle et sauter la plage qui nous plait pas, est un tout quand même.
    Chaque chanson a été "choisie", travaillée et si elle a cette place dans l'album c'est qu'il y a un sens, parfois.

    Lorsque j'aime un artiste, je ne conçois pas d'acheter juste un titre. Evidemment, j'achète de moins en moins des albums parce que j'aime juste une chanson. Maintenant, j'écoute l'album en entier au moins une fois grace au site permettant l'écoute en streaming.

    Parce qu'il faut aussi reconnaitre que c'est facile de mettre en avant un artiste avec LE single, alors que le reste de l'album est différent.

    ça peut être une bonne surprise comme une mauvaise.

    Mais en tout cas je suis bien d'accord, je ne peux pas concevoir d'acheter juste un titre alors que le reste peut être aussi bon, voire meilleur.

    Il y a des albums que j'ai depuis des années, certains titres ne me plaisaient pas et en réécoutant je les redécouvre.

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  6. Et Muse alors ? C'est quand même un des grands groupes actuels inspiré par Buckley (limite copié). Mais bon, chacun ses goûts. Et pour Radiohead, Thom Yorke s'inspire officiellement de Jeff Buckley : "The vocal for Fake Plastic Trees was recorded by Thom Yorke in two takes after seeing Jeff Buckley perform".

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  7. Influencé ou pas ? De toute façon c'est le résultat qui compte.
    Pour info, Pantera faisait du glam avant 1990 puis ils sont devenus les pionniers du power metal dans les années 90, hyper précurseurs et novateurs.
    Bref, quelque soit l'année de formation, ça n'enléve en rien les qualités ni de Radiohead, ni de Jeff Buckley.
    Pour ceux qui trouvent 'grace' un peu lisse ou ne sont pas convaincus (pas moi!), je conseille le double LP posthume 'sketches for my sweetheart the drunk' qui propose des chansons parfois plus épurées, plus profondes, moins travaillées, plus 'organiques'...Même si cet album fut souvent décrié, je peux vous dire que cette musique là contient vraiment une âme.

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  8. J'ai également écouté le double LP posthume. Je suis assez d'accord toi avec pour dire que c'est plus organique, moins lisse. Ca m'a parlé un peu plus.
    Mais bon voila, après chacun ses gouts.
    C'est juste que quand j'ai vu l'entête du post avec la pochette de Grace à côté de celle de Master Of puppets, Dark side of the moon et House of the holy, j'ai un peu tilté...!
    DC

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  9. Un album, c'est le résultat du travail d'un groupe, il faut le respecter, même si l'on met certains titres entre parenthèses. Je me souviens, avant, on disait : "j'achète un "45 tours", j'héberge un succès chez moi; j'achète un "33 tours", c'est l'artiste que j'invite chez moi." A méditer.

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  10. Entièrement d'accord, mais combien de 33t ou cd ai je acheté où un voir deux morceaux était bon et le reste à jeter

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